3e jour de vélo. Nous sommes au cœur de la vallée de Sutlej, dans le trou du sérac de l’Himalaya, à 3 600m d’altitude et autant de kilomètres du dernier relai STD. Le village s’appelle Ka*.
Vanter les mérites touristiques de Ka relève du test d’oral d’entrée en école de commerce** ; on pourrait risquer un « where it has marvelous very perfet beauty in landscape » ou un « authenti-city with goodness of the fresh air ». Mais concrètement : il y a un verger de manguiers, un âne boiteux, une petite école et une dhaba. Aucun habitant n’a de toilettes chez lui, pas même un trou dans le jardin, et l’unique enfant du village gazouille comme une autiste.
(Oui, il y a une seule enfant dans le village, mais il y a quand même une école. Et ça, c’est la beauté des années Nehru.)
OR, …retournement de situation !… or, alors, dès lors, tandis que vous vous faites ces réflexions en déambulant dans la crotte de chèvre, une bribe de conversation entre camionneurs attire soudain votre attention.
«Ka is very famous in the area.
-(esclaffe, esclaffe) Kya hua bhai, is it? Arre you must be kidding me.
-No, it’s very well-known. Very famous for its cricket ground. »
C’n’était donc pas un champ de poussière.
*Dans les montagnes on a l’esprit de synthèse, et pas que des drogues chimiques. Les points de la carte s’appellent Khab, Ka, Kaza ou Tabo, Nako, Chango et il vaut mieux ne pas les confondre si vous ne voulez pas vous déplacer d’une montagne et demi superflue.
**Niveau 15 sur l’échelle de l’absurde.