Health freak

31 03 2014

C’est marrant comme on peut se contretaper le coussinet de choses comme la santé et l’hygiène d’ordinaire, et devenir un Javelisator dès qu’on met le pied à Delhi. Parce que forcément on met le pied dans la merde.

Ma bonne fée du logis intérieure est sûrement traumatisée au dernier degré par tout ce qu’elle voit – et sent – au quotidien. Des tapis d’immondices à chaque pas dans la rue. Des gens qui vivent sur ces immondices. Des bébés qui dorment dans ces immondices. Des chiens galeux qui viennent te faire un poutou-poutou. Rien que par l’air ambiant il est possible d’attraper une infection des sinus, des oreilles, des yeux, de la peau, des poumons. Le poulet est élevé sur le trottoir au bon grain d’emballage plastic, tué à la hache rouillée par Thanatétanos le Dieu du Carnage, dépecé à mains nues après un petit passage aux toilettes et jeté sur un billot noir de sang caillé. Le one-pound-fish frais frais tombé du camion est effectivement tombé du camion, après avoir parcouru 1500 km semi-congelé dans un cageot vermoulu.

Et tout ça n’empêche pas qu’on soit obsédé par la « pureté », qu’on montre des pubs où la belle-mère s’offusque en passant son doigt sur l’étagère, qu’on refuse de s’approcher de la salle de bains parce que c’est un lieu souillé, qu’on brûle des kilos d’encens pour nettoyer l’air, qu’on fasse une lessive tous les jours et qu’on enlève ses chaussures à l’entrée. La propreté, c’est important.

Mais dans ce contexte, le légume occidental craint pour sa santé. Il a en tête un million de consignes du type « ne jamais recongeler », « se laver les mains avant le repas », « si ça bouge faut pas le manger ». La réponse reptilienne est donc immédiate : taïaut sur la crasse ! Il se munit d’un petit flacon de gel désinfectant anti-99,9 % des formes de vie sur Terre et affronte vaillamment le monde extérieur pour aller faire son shopping en pharmacie. Il se bourre d’antibiotiques, d’antiseptiques, d’antischmoutziques. Il NETTOIE, sans pitié, sans faillir, avec les armes du bord et le courage insensé d’un Sisyphe. Il pousse de petits cris aigus de terreur quand il croise un déchet toxique, et plaque aussitôt une lingette démaquillante sur son visage. A force de claquer son salaire dans une réponse graduée à toutes les maladies possibles, il s’est constitué une collection de médicaments ultime, depuis la soupe ayurvédique jusqu’aux gélules interdites par l’UE.

Tel est le vrai sens de tous ces avertissements qu’on ignore : come to India, clean body and mind!

 

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