The Indian Music, euh Mafia Industry

13 07 2015

Ah, Gulshan Kumar. Un dieu. Odieux. Une légende, quoi.

Laissez-moi vous raconter la magnifique la révoltante l’INCROYABLE histoire de Gulshan Kumar, fondateur du plus gros et puissant label de musique de l’histoire des médias en Inde, T-Series (aka Super Cassettes). C’est long mais je vous préviens : c’est du Bollywood à pleins tubes ! Littéralement.

L’admirable Héros du Peuple Gulshan Kumar a commencé comme vendeur de rue : il faisait du jus de fruits sur le bord de la route. C’est un peu l’équivalent du multimillionnaire américain qui débute avec sa limonade à $ 1. Un jour, son père s’est mis à vendre aussi par-ci par-là un peu de musique – et puis Gulshan a repris le business et a décidé de se faire plein de thunes. (Les fruits c’est sympa mais bon.)

Or à cette époque, c’est-à-dire fort fort longtemps, l’Inde était protectionniste (ooohlàlààà) et la cassette était considérée comme une « industrie à petite échelle » (hhhhh nnnan !). Donc d’une, la musique c’était un quasi-monopole mené par les labels CGI et Polydor (ah ouais ??? ah ouais.), et de deux, ils ne s’occupaient pas de cassettes toutes pourries mais de vinyles classes uniquement (han ben d’acc…! ok j’arrête).

Et puis POUF, en 1978 le marché a été ouvert aux importations – notamment de radiocassettes japonais par milliers. Donc Gulshan, lui, hein, qu’est malin, qu’est-ce qu’il a fait ?

Il s’est rendu compte qu’il pouvait acheter une cassette pour 7 roupies, la dupliquer facilement sans demander rien à personne, et la revendre avec un bénéfice énorme pour un prix qui serait toujours moins cher que celui de CGI et Polydor.

Le tout en couvrant son peu de frais avec des prêts avantageux du Gouvernement et des aides destinées aux petits commerces.

Et pour chaque chanson dont il achetait réellement les droits, il ne faisait pas un tube, mais un tube + plein de reprises réinterprétées par des artistes pas chers et vendues sous le même titre pour un prix légèrement inférieur.

Et puis pour être sûr de posséder son propre marché + sa propre concurrence légale + sa propre concurrence illégale, il gérait en parallèle* tout un réseau de copies pirates qui lui reversaient une commission.

Bingo : vingt ans plus tard, T-Series valait 90 millions de dollars (*shiny shiny*).

Gulshan Kumar, Tonny Soprano

Gulshan Kumar, Tony Soprano

Alors me direz-vous, Gulshan Kumar, c’t’entrepreneur de génie et ce filou des bermudes deux-en-un, il devait en énerver quelques-uns ? Je crois que oui. Il s’est fait assassiner.

En 1997, les autres labels indiens ont convoqué une réunion de crise pour demander à T-Series d’arrêter ses coups en douce. L’un des labels venait notamment de lancer un procès pour une reprise illégale : Gulshan Kumar estimait qu’envoyer un chèque de royalties accompagné d’une demande d’autorisation de reprise, ça valait autorisation. Le label en question avait refusé l’autorisation par écrit une dizaine de fois et renvoyé le chèque, mais Gulshan Kumar avait quand même pris ça pour un oui. Lors de cette réunion, après s’être fait supplier et insulter et tancer vertement par tout le monde, Gulshan Kumar aurait simplement dit en souriant: « Alright, I won’t do it again. »

Il faut avouer, j’aurais été l’un de ces labels, mes nerfs auraient lâché.

Bon, eh bien, leurs nerfs ont lâché. Trois jours plus tard Gulshan Kumar était retrouvé mort.

Gulshan Kumar est resté dans toutes les mémoires, mais personne ne sait trop si c’est un saint ou un voleur. Il a vendu de la musique pour pas cher à des millions de foyers pauvres, mais il a piétiné les artistes et les distributeurs. Il a permis à des chanteurs débutants d’avoir du succès sur un malentendu, mais il les a payés une misère pour des albums qui ont fait tube sur tube. Il a popularisé le concept de musique populaire religieuse et régionale, mais il a aussi inventé le principe honni du « stock musical »**.

Bhushan Kumar, le Prince de Bel-Air

Bhushan Kumar, le Prince de Bel-Air

Aujourd’hui ce qui est très drôle, c’est que son fils a pris sa succession et qu’il est encore plus fou. Ironiquement, Bhushan Kumar s’est retourné contre le piratage : il mène des raids armés contre les malheureux revendeurs au noir qui ont fondé l’empire de son père, en les persuadant à coups de batte de payer leur licence sous peine d’être détruits. Il tente aussi de terroriser les sites Internet, et il n’a peur de rien : il a attaqué en justice YouTube, Yahoo, Saavn, Myspace, Ibido… Gangs of Wasseypur, much ?

Morale de cette triste belle étonnante histoire : no pain (pour les autres) no gain.

*Ce n’est toujours pas une vérité officielle, mais il est plus que permis de le dire.

**Garder 250 chansons pourries en réserve au cas où on pourrait les caser dans un film qui n’a rien à voir. Garantie qualité.

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